« 2005-03 | Page d'accueil | 2006-05 »
30.10.2005
Histoire complète de Rossel
Louis-Nathaniel ROSSEL (09 septembre 1844 à Saint-Brieuc, où son père était en garnison - 28 septembre 1871 à Versailles, fusillé au camp de Satory) était fils d'un chef de bataillon en retraite, Louis ROSSEL (Gardois cévenol, issu d'une famille profondément protestante et républicaine - lui-même a refusé de prêter serment à Napoléon III-, descendant de Camisards), et d'une mère britannique (écossaise), née Sarah CAMPBELL, qui l'avaient élevé dans la religion protestante réformée.
Louis-Nathaniel ROSSEL fit de brillantes études au lycée de Nîmes, au Prythané Militaire de la Flêche et fut admis à l'Ecole Polytechnique et entra deux ans plus tard à l'école d'application de Metz d'où il sortit le second avec le grade de lieutenant.
Dôté d'une remarquable intelligence, joignant à une grande ardeur au travail une austérité toute puritaine, le jeune officier ne tarda pas à se faire remarquer.
Il reçu du Ministre de la Guerre une médaille de 500 francs à la suite d'un concours qui avait été proposé à certains officiers, puis il fit paraître sous le nom de Randal, des articles militaires dans le journal le Temps.
Lorsque paraît en 1869 le dernier volume de la correspondance de Napoléon Ier, Louis-Nathaniel ROSSEL écrivit dans cette feuille deux articles très curieux dans lesquels il démontrait que les livres de stratégie attribués à Napoléon Ier par la commission chargée de publier la correspondance, n'étaient pas et ne pouvaient pasêtre de lui. La commission frappée de la compétence et de l'esprit de ces judicieuses critiques qu'attestaient ces articles, envoya un de ses membres au journal le Temps et dût reconnaître que ROSSEL avait dit vrai.
Cette même année, il fut promu Capitaine et quitta Nîmes (d'où lui et sa famille sont originaires) et Montpellier (où il se trouve en garnison) pour aller en garnison à Bourges.
Lorsqu'il apprit que la guerre venait d'être déclarée à la Prusse (juillet 1870), ROSSEL accourut à Paris pour obtenir du service actif, mais ses démarches resteront infructueuses.
A la nouvelle des premiers désastres, ROSSEL conçut un plan de défense dont il adressa l'exposé au Temps. D'après lui, il fallait appeler tout le pays aux armes, et organiser cette immense levée en petites bandes qui auraient agi séparément, les corps d'armées réguliers ne devant faire que soutenir l'action toujours engagée par les partisans (ROSSEL s'inspira pour cette démarche de la "guerre des Camisards" dans les Cévennes, à laquelle ses ancêtres avaient participé).
Quelques jours après, il fut appelé Metz avant que cette ville fut investie.
Caractère entier, résolu et indomptable, remplit d'une patriotique ardeur, ne put voir sans un profond courroux, la façon dont BAZAINE conduisait les opérations militaires. Apprenant que le maréchal était sans nouvelle de Paris, il tenta, mais sans succès, l'autorisation de tenter de traverser les lignes ennemies pour aller chercher des nouvelles de l'extérieur et en porter de Metz au gouvernement. Bientôt il ne lui fut plus possible de douter que, soit par l'ineptie, soit par la trahison de son chef, l'armée de Metz marchait à sa perte et que la France allait subir le plus grand de ses désastres.
De concert avec un certains nombre d'officiers, il forma alors le projet de faire arrêter et traduire devant un conseil de guerre le maréchal BAZAINE, de le remplacer par un autre général et de tenter un suprême effort pour dégager l'armée du cercle où elle se trouvait enfermée. Mais le complot fut éventé et sur l'ordre de BAZAINE, ROSSEL fut arrêté, enfermé dans le fort de Plappeville, avec le capitaine de Boyenval.
Au moment de la capitulation, un commandant d'état major le laissa volontairement s'échapper. Déguisé en paysan, il parvint à traverser les lignes allemandes, il gagna la Belgique où le premier, dans l'indépendance belge, il protesta contre l'indigence conduite du maréchal, fit un court voyage à Londres où se trouvait sa mère, puis rentra en France et se rendit à Tours, pour se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense.
Le ministre de la guerre, M. GAMBETTA, que ROSSEL pu rencontrer grâce à un ami polytechnicien correligionnaire, le chargea alors d'aller dans le nord de la France pour s'assurer de l'état des forces militaires et des moyens de défense dans le pays pouvait disposer.
A son retour, dans les premiers jours de décembre, il fut nommé colonel auxiliaire et directeur du génie au camps de Nevers.
ROSSEL remplissait encore toutes ses fonctions, qu'il jugeait à juste titre quasi-inutiles, lorsqu'il reçut la nouvelle de l'insurrection qui venait d'éclater à Paris (18 mars 1871). Dès le lendemain, il écrivait au ministre de la guerre : "j'ai l'honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées. Instruit par une dépêche de Versailles rendue publique aujourd'hui, qu'il y a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n'a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs de généraux coupables de capitulation."
La conclusion de la paix avait causé à ROSSEL, ardeur patriote, la plus vive douleur ; il l'avait manifesté à diverses reprises et partait pour Paris dans l'espoir que le mouvement tournerait au gré de ses espérances.
A peine arrivé, il se mit en relation avec les membres du comité du XVIIème arrondissement, fut présenté au comité central siégeant à l'Hôtel de Ville et reçut le commandement de la légion du XVIIème arrondissement.
La discipline toute militaire qu'il voulut établir dans cette légion (nécessaire pour faire face aux "Versaillais") excita le mécontentement et il fut arrêté le 02 avril. Mais après l'insuccès de la sortie du 02 et 03 avril, on le relacha et sur recommandation du membre de la Commune, Charles GERARDIN, le général CLUSERET le choisit comme chef d'état major.
Après l'institution par la Commune d'une Cour martiale chargée de juger les citoyens qui refusaient de marcher contre l'armée de Versailles (16 avril), ROSSEL fut appelé à présider cette cour et s'y fit remarquer par sa sévérité (qu'il jugeait nécessaire à la résistance de Paris).
Dans la nuit du 29 au 30 avril, MEGY ayant évacué le fort d'Issy, à la suite d'une attaque des troupes du général FARON, la Commune destitue le général CLUSERET, qu'elle regardait comme incapable et désigna pour le remplacer au ministère de la guerre le colonel ROSSEL (30 avril), qui fut chargé de l'iitiative et de la direction des opérations militaires pendant que le Comité central de la garde nationale devait s'occuper des différents services de l'administration de la guerre.
ROSSEL donna à la résistance contre l'armée de Versailles une énergique impulsion. Il fit consigner MEGY, envoya EUDES réoccuper le fort d'Issy, et répondit au colonel LEPERCHE qui, le 30 avril, avait sommé au commandant du fort de se rendre dans un délai d'un quart d'heure : "la prochaine fois que vous vous permettrez de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'aujourd'hui, je ferai fusillé votre parlementaire conformément aux usages de la guerre".
Le nouveau délégué s'attacha surtout à établir dans les légions communalistes une sévère discipline ; il interdit formellement, le 02 mai, à "tout commandant militaire, officier ou autre fonctionnaire au service de la Commune d'avoir aucune communication avec l'ennemi". Il défendit le 09 mai sous peine de mort de continuer le feu après que l'ordre de le cesser avait été donné et de continuer de se porter en avant lorsqu'il avait été prescrit de s'arréter ; il fit de suprêmes efforts pour organiser l'artillerie, concentrer des armes, réquisitionner des chevaux, mettre de l'unité dans le commandement, arriver à une forte organisation des troupes dont il dirigeait les opérations.
Mais ROSSEL se trouva bientôt en butte à l'hostilité du Comité central, qui l'accusa d'aspirer à la dictature et demanda sa destitution. Voyant, selon ses expressions, "la nullité du comité d'artillerie empêcher l'organisation de l'artillerie, les incertitudes du Comité central arrêter l'administration, les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysaient la mobilisation des troupes", il comprit que sa situation n'était plus tenable.
Après la prise du Moulin Saquet et celle du fort d'Issy par l'armée de Versailles (08 mai), ROSSEL qui avait veinement essayé d'organiser 12 000 hommes pour débloquer le fort, se sentit pris d'une colère violente et écrivit cette dépêche qu'il fit aussitôt afficher : "le drapeau tricolore flotte sur le fort d'Issy". Le journal officiel de la Commune essaya de démentir cette nouvelle ; mais la population apprit bientôt que ROSSEL avait dit vrai.
Alors, des bruits de trahison ayant été propagés contre lui, il envoya sa démission à la Commune, dans une lettre où il exposait la situation et les entraves de tout genre qu'il rencontrait dans l'accomplissement de ses fonctions. "Mon prédécesseur, disait-il en terminant, a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde. Eclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action ou me retirer. Je ne briserai pas l'obstacle car l'obstacle c'est vous et votre faiblesse ; je ne veux pas attenter à la souveraineté publique. Je me retire et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazan."
Le jour même, ROSSEL était arrêté par ordre du Comité de Salut Public et enfermé à la questure sous la garde du membre de la Commune, GERARDIN. Quelques heures après, ROSSEL et ses gardes disparaissaient ; des mandats d'amener étaient lancés inutilement contre eux, et le 15 mai, un projet d'acte d'accusation dénonçait ROSSEL comme un traitre ayant voulu, à prix d'or livrer Paris à Versailles.
ROSSEL resta caché jusqu'au 07 juin suivant. Il fut alors arrêté par la police dans un hôtel du boulevard Saint-Germain, où il s'était fait inscrire sous un faux nom en prenant la qualité de contre-maître des chemins de fer de l'Est.
Conduit à Versailles et traduit devant le 3ème Conseil de guerre, il fut condamné à mort (le 08 septembre). Cette sentence ayant été annulé pour vice de forme, il comparut le 07 octobre devant un nouveau Conseil de guerre, qui le condamna à la même peine, et le nouveau pourvoi en cassation qu'il introduisit sur les insistences de son avocatfut rejeté le 27 octobre suivant.
Pendant ce procès inéquitable, les témoignages de soutient et de sympathie n'avaient pas manqués à l'égard de ce jeune officier, dont tous reconnaissaient la haute intelligence et l'ardent patriotisme. Des pétitions de Metz, Nîmes, Montauban, Paris, les appels du colonel Denfert-Rochereau -héro de la guerre-, de Victor Hugo, de tous les notables protestants, la rencontre du père de Louis-Nathaniel avec Adolphe THIERS (qui voulait faire un exemple), n'ont pas suffit à changer la sentence et à obtenir sa grâce auprès de la commission des grâces qui a pourtant longtemps hésité.
Le 28 novembre 1871, à huit heures du matin, ROSSEL, jeune officier de 27 ans, conduit sur le plateau de Satory avec l'ancien délégué à la sûreté générale FERRE et un ancien serget BOURGEOIS, condamnés à la même peine, tombait foudroyé par les balles d'un peloton d'exécution choisi parmis ses anciens camarades...
20:25 Publié dans Biographie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique
14.10.2005
Louis-Nathaniel Rossel
Louis Rossel (Louis-Nathaniel Rossel), né en 1844 à Saint-Brieuc et mort en 1871 à Satory ; homme politique et militaire français.
Il est le seul officier de l'armée française à avoir rejoint la Commune de Paris en 1871 et à y avoir joué un rôle important.
Il est le fils du colonel Louis Rossel (Cévenol Gardois) et de Sarah Campbell (Écossaise), frère d'Isabella et de Sarah ; issu d'une famille bourgeoise protestante nîmoise et saint-jeannaise, descendant de Camisards Cévenols (de Saint-Jean du Gard).
La famille de Rossel est républicaine : son père, officier, refusa de prêter serment à Napoléon III.
Louis-Nathaniel Rossel est né le 9 septembre 1844 à Saint-Brieuc où son père est en poste en tant que chef de bataillon d'infanterie. Il suit des études au collège de La Flèche (Prytanée national militaire) dès 1855 et devient polytechnicien en 1864 (Promotion X1862).
Guerre de 1870
Il est, durant le conflit de 1870 opposant la France à l'Allemagne, Capitaine du génie à Metz avec la dernière armée française d'importance.
Il estime que la guerre peut encore être gagnée mais considère avec raison que certains hommes politiques (comme Adolphe Thiers) et des maréchaux (comme François Achille Bazaine) ne le souhaitent pas.
François Achille Bazaine, qui dirige le camp de Metz, n'ordonne pas d'offensive et finit par capituler tout à fait volontairement.
Louis-Nathaniel Rossel s'oppose alors à ce qu'il considère comme une trahison envers la patrie et le peuple.
Il souhaite donc faire juger Bazaine pour trahison. Ce dernier le fait emprisonner mais Rossel parvient à s'évader déguisé en paysan.
À la capitulation, le 29 octobre 1870, il s'enfuit vers la Belgique (il se base quelques jours à Bruxelles), passe à Londres où séjourne sa mère et rejoint le gouvernement provisoire basé à Tours.
Il souhaite alors s'entretenir avec Léon Gambetta et y parvient grâce à un ami polytechnicien.
Rossel essaye de convaincre Léon Gambetta (déjà favorable à la résistance) de continuer le combat. Mais Léon Gambetta, bien que d'accord, est assez seul au sein de son gouvernement.
Il fait donc rencontrer Louis Rossel au délégué du Ministre de la Guerre, Charles de Freycinet, protestant comme lui. Ce dernier, dans l'incapacité de situer lui-même les armées françaises et de les coordonner, accorde à Louis Rossel le soin d'examiner les armées du nord et de former des officiers.
Louis-Nathaniel Rossel s'y rend et revient quinze jours plus tard, estimant que sa mission est inutile et jugeant que la majorité gouvernementale a l'intention de laisser gagner l'Allemagne pour rétablir un ordre conservateur et moral. L'histoire confirmera ce jugement.
Rossel revoit alors Léon Gambetta et lui remet un rapport proposant des possibilités de reconduite du combat. Léon Gambetta n'a que peu de poids et ne donne pas suite. Ce dernier démissionne le 6 février 1871.
Louis-Nathaniel Rossel, quant à lui, est envoyé par un général au camp de Nevers avec le grade de colonel.
Commune de Paris
Le 18 mars 1871, Paris se soulève, Adolphe Thiers déplace son nouveau gouvernement à Versailles avec l'armée régulière. Il interdit la plupart des journaux contestataires et prend des mesures autoritaires.
Pour Louis Rossel, Adolphe Thiers pactise avec l'ennemi et abandonne le peuple.
Louis Rossel décide alors de rejoindre la Commune de Paris le 19 (ou le 20) mars 1871.
Au Comité de la Commune, Charles Delescluzes remarque Louis Nathaniel Rossel et devient son plus grand allié, jusqu'à la fin.
Le 22, il devient Chef de la 17ème Légion de la Commune.
Le 3 avril, il est Chef d'état-major. Il considère alors que la Commune court à sa perte si ses soldats ne s'organisent pas. En effet, la plupart désertent ou refusent tout combat alors même que l'armée régulière des Versaillais, très entraînée, se trouve aux portes de la capitale.
Louis Rossel devient Président de la Cour martiale le 14 avril mais démissionne quelques jours après, ulcéré par son manque de moyens et d'écoute. Le Comité de la Commune, allant en majorité dans son sens, le nomme Ministre Délégué à la Guerre en remplacement de Gustave-Paul Cluseret.
Mais, malgré tout, les moyens lui manquent et l'armée des Communards ne se bat guère (sur 40 000 hommes -et non 200 000 comme cela a souvent été avancé-, seuls quelques milliers se battent).
Louis Rossel ne souhaitant pas prendre le pouvoir total, il démissionne avec éclat mais ne fuit pas la Commune. Certains membres du Comité de Salut public veulent sa mort mais d'autres le considèrent comme leur seul espoir.
Louis Rossel reste à Paris, caché dans un hôtel du boulevard Saint-Germain. Il préfère être « du côté des vaincus, du côté du peuple ».
Les Versaillais l'arrêtent, le jugent deux fois. La famille nîmoise et cévenole de Louis-Nathaniel, des étudiants parisiens, des notables de Nîmes, de Metz, de Montauban, des Protestants, Victor Hugo, le Colonel Pierre Denfert-Rochereau (seul officier ayant réellement résisté et battu l'armée prussienne durant la Guerre de 1870 à Belfort ; ancien combattant de la Guerre de Crimée comme Louis Rossel, père de Louis Nathaniel ; et également Protestant), et de nombreux intellectuels le défendent, en vain.
Adolphe Thiers propose à Louis Rossel de le gracier s'il s'exile à vie.
Louis-Nathaniel Rossel refuse, voulant assumer ses responsabilités, ne voulant pas trahir son pays et ses convictions ni soulager la conscience de Thiers.
Il est fusillé le 28 novembre 1871, à seulement 27 ans, au camp de Satory.
Louis-Nathaniel Rossel est enterré au cimetière protestant de Nîmes, chez lui, à côté de sa sœur et non loin du tombeau familial Rossel-Dombre-Cadène. De très vives manifestations en sa faveur éclatent à Nîmes et dans tout le pays huguenot cévenol lorsqu’il y est enterré.
Durant le XXe siècle, Louis Rossel a « inspiré » quelques hommes politiques comme Charles de Gaulle ou Jean-Pierre Chevènement, mais a refusé que sa mort serve une quelconque cause politique.
Nicolas Cadène
(Vous pouvez trouver cet article également sur Wikipedia, où je l'avais rédigé de ma propre initiative il y a un an, ce n'est donc pas de la copie ! Merci. )
18:55 Publié dans Biographie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Synthèse de la Commune de Paris
Origines
La Commune de Paris trouve sa source dans un élan républicain se référant à la Première République et au gouvernement révolutionnaire de la Commune de Paris (1792), ainsi qu'à l'insurrection populaire de juin 1848 sous la Deuxième République et qui avait été réprimée de façon sanglante par le gouvernement instauré par la Révolution de février 1848. C'est d'ailleurs depuis lors que le drapeau rouge rallie les insurrectionnalistes et barricadiers (symbolisant le sang du peuple ouvrier, le drapeau tricolore étant vu comme un synonyme de répression).
De 1789 à 1871, la France ayant vécu principalement sous des régimes monarchiques ou impériaux (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire), le régime républicain n'avait fonctionné que très peu d'années. En juillet 1870, Napoléon III entreprend une guerre contre la Prusse qui, mal préparée, le conduit rapidement à la défaite. La Troisième République est proclamée le 4 septembre 1870, mais la guerre continue. Paris est assiégé et connaît une grave famine au cours de l'hiver 1870-71. Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement de la Défense nationale, signe un armistice avec Bismarck. Celui-ci prévoit, outre la fin des hostilités pour une période de quinze jours renouvellable, la convocation d'une Assemblée nationale, chargée de décider de la poursuite de la guerre ou de la paix. Les élections du 8 février envoient une forte proportion de monarchistes à l'Assemblée nationale. Tous les élus de Paris sont des républicains, souvent extrémistes. Le gouvernement de la République se réunit d'abord à Bordeaux, puis à Versailles, pour ne pas tomber sous les révoltes parisiennes comme cela s'est déjà produit pendant le Gouvernement de la Défense nationale (31 octobre notamment).
Le gouvernement de la République est dirigé par Adolphe Thiers ; il cherche à asseoir le pouvoir de l'État, à négocier un traité de paix avec l'Allemagne. Les Parisiens, qui ont supporté un siège très dur, croient toujours pouvoir imposer leur vision à l'ensemble de la France1. Ils refusent de se laisser désarmer. C'est donc l'épreuve de force entre le Gouvernement de la République et une partie de la population parisienne (essentiellement les quartiers de l'est parisien).
Voilà les ferments de la Commune de Paris : l'élan républicain, les souffrances du siège, la direction de la république par des monarchistes, le pouvoir qui en définitive leur échappe. Ils vont donc aller au coup de force.
Déclenchement
Les combats durant la Commune
Thiers avait commandé la construction des fortifications qui entouraient Paris , alors qu'il était ministre de Louis-Philippe. Il avait conçu cette enceinte pour défendre la ville contre des ennemis, mais avait aussi déjà calculé à l'époque que pour mettre une fin définitive aux insurrections populaires il suffisait d'enfermer les insurgés dans la ville, puis de les réprimer.
Le 17 mars 1871, Thiers et son gouvernement quittent discrètement Paris et envoient la troupe au cours de la nuit s'emparer des canons de la butte Montmartre. Ce même jour, Thiers prend soin de faire arrêter Auguste Blanqui (républicain révolutionnaire insurectionnaliste surnommé « l'Enfermé » parce qu'il avait passé plus de la moité de sa vie dans les prisons des rois et de l'empereur) qui se reposait chez un ami médecin à Bretenoux (Lot). De là, il le fait transférer dans une forteresse pour s'assurer qu'il ne participerait pas à l'insurrection parisienne.
Le 18 mars au matin, le peuple parisien s'oppose à la troupe venue chercher les canons, puis rapidement, la troupe fraternise avec lui et tout Paris s'enflamme d'une même solidarité entre garnisons et population. Deux généraux, Lecomte qui avait donné ordre de tirer sur la foule et Clément Thomas (responsable des massacres de juin 1848), sont fusillés rue des Rosiers. C'est le début de l'insurrection.
Destruction de la Colonne Vendôme lors de la Commune de Paris
Des élections sont organisées le 26 mars : c'est la proclamation de la Commune. Des figures républicaines de premier plan sont élues dans ce conseil révolutionnaire : Jules Vallès, Charles Delescluzes, Raoul Rigault, Gustave Flourens, Eugène Varlin, Benoît Malon... Les listes qui se réclament d'Auguste Blanqui recueillent un grand nombre de voix. La Commune va administrer Paris jusqu'au 20 mai, votant des lois d'avant-garde que la république n'a repris que plusieurs décennies plus tard (droit de vote des femmes, interdiction du travail de nuit pour les enfants, séparation de l'Église et de l'État, etc.). Le calendrier républicain est utilisé. De nombreux journaux paraissent (Le Cri du Peuple, Le Père Duchêne, L'insurgé, ...).
Répression
Faite d'une guerre permanente contre les armées « versaillaises » (troupes commandées par le gouvernement de Versailles), la courte histoire de la Commune est essentiellement composée de nombreux épisodes militaires où les revers sont plus nombreux que les succès. Ce fut un des nombreux sujets de discorde de l'assemblée des élus de la Commune où les divergences étaient nombreuses, les débats houleux et interminables aboutissant à des scissions. Le Ministre Délégué à la Guerre, Louis-Nathaniel Rossel en était le principal témoin.
La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l'entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s'achever avec les derniers combats au Cimetière du Père Lachaise le 28 mai. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes « démocratiques ». On évoque, selon les sources, de 10 000 à 25 000 exécutions sommaires, viols, meurtres d'ouvriers communards durant la semaine sanglante.
La répression des communards fut féroce : près de 10 000 condamnations à mort, 4 000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d'amnistie n'interviendront qu'en 1880.
Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle — mais avec des points de vue différents — par la gauche, l'extrême-gauche et les anarchistes ; elle inspira de nombreux mouvements révolutionnaires qui en tirèrent des leçons qui leur permirent d'entreprendre d'autres révolutions (la révolution russe et les conseils, la révolution espagnole et les collectivités, etc).
Chronologie
- 26 février : Signature des préliminaires de paix avec la Prusse.
- 1er mars : Symboliquement, les troupes prussiennes entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Elysées.
- 3 mars : Constitution du Comité central de la Garde nationale.
- 7 mars : Parution du numéro 1 du Père Duchesne
- 10 mars : Pacte de Bordeaux, entre les différentes parties du gouvernement, suspendant toute décision sur la nature du régime.
L'Assemblée nationale ajourne la session en cours et décide de se retrouver le 20 mars à Versailles (elle a hésité entre Fontainebleau et Versailles ; elle ne veut pas Paris à cause des mouvements révolutionnaires).
- 17 mars : Arrestation du socialiste révolutionnaire Louis Auguste Blanqui.
- 18 mars : Commune de Paris (ventôse-prairial an 79) : tentative de révolution prolétarienne.
- Échec de la tentative des troupes gouvernementales de s'emparer des canons de Montmartre.
- 20 mars : Le gouvernement et l'Assemblée Nationale s'installent à Versailles.
- 23 mars : Les vingt maires de Paris se rendent à l'Assemblée nationale pour tenter une conciliation. Arborant une écharpe tricolore dans une assemblée majoritairement royaliste ils sont acclamés par la minorité républicaine mais rejetés hors de l'assemblée sans avoir pu prononcer un mot.
- 26 mars : Élections de la commune de Paris.
- 28 mars : Proclamation de la commune de Paris à l'hôtel de ville.
- 29 mars : Ralliement d'un officier de l'armée française à la Commune, Louis Rossel.
- 14 avril : Nomination de Louis Rossel au poste de Président de la Cour Martiale.
- 21 avril : Parution du numéro 1 du Père Duchesne illustré
- 26 avril : Parution du numéro 2 du Père Duchesne illustré
- 30 avril : Nomination de Louis-Nathaniel Rossel au poste de Ministre délégué à la guerre en remplacement de Cluseret.
- 30 avril : Parution du numéro 3 du Père Duchesne illustré
- 3 mai : Parution du numéro 4 du Père Duchesne illustré
- 7 mai : Parution du numéro 5 du Père Duchesne illustré
- 10 mai :
- Parution du numéro 6 du Père Duchesne illustré
- Par le Traité de Francfort : la France perd l'Alsace et une partie de la Lorraine, cette perte est vécue par la France comme un profond traumatisme. De plus la France doit verser cinq milliards d'indemnités (4,9 sont récoltés par une souscription nationale ouverte le 27 juin).
- Suite à ce traité, environ 160 000 Alsaciens et Lorrains, refusant de devenir Allemands quittent les provinces perdues et s'installent sur le territoire français.
- 14 mai :
- Création du Territoire de Belfort à partir de l'ancien arrondissement du Haut-Rhin non annexé par l'Empire allemand.
- Parution du numéro 7 14 mai 1871 du Père Duchesne illustré
- 16 mai : Les Communards mettent à bas la statue de Napoléon place Vendôme.
- 17 mai : Parution du numéro 8 du Père Duchesne illustré
- 18 mai : L'Assemblée Nationale, réunie à Versailles, ratifie le traité de Francfort.
- du 21 au 28 mai : « Semaine sanglante », qui verra Paris, aux mains Communards, repris par les troupes versaillaises.
- 21 mai :
- Entrée des troupes Versaillaises dans Paris.
- Parution du numéro 9 du Père Duchesne illustré
- 23 mai : Parution du dernier numéro du Père Duchesne (numéro 68)
- 24 mai : Parution du dernier numéro 10 du Père Duchesne illustré
- 26 mai Exécution de Jean-Baptiste Millière, fusillé à genoux sur les marches du Panthéon
- 27 mai : Chute du dernier bastion communard.
- 28 mai : Exécution des défenseurs de la commune de Paris devant le mur des Fédérés.
- 28 novembre : Exécution de Louis-Nathaniel Rossel, ancien Délégué à la guerre de celle-ci.
- 21 mai :
Evocations artistiques
Littérature
- L'insurgé, roman de Jules Vallès
- Jacques Damour, nouvelle d'Émile Zola
- La débacle, roman d'Émile Zola
- Le canon Fraternité de Jean-Pierre Chabrol
- Le cri du peuple de Jean Vautrin
- Le Roman de Rossel de Christian Liger
Cinéma
- La Commune (Paris, 1871), film de Peter Watkins sur la Commune, produit en 2000 par l'Office national du film du Canada et réalisé par Peter Watkins. Il s'agit d'un Film noir et blanc de 345 minutes où ont joué plus de 200 acteurs. C'est un film, avec des parenthèses avec les acteurs sur la critique capitaliste contemporaine.
Bandes dessinées
- Le Cri du Peuple, Bande dessinée de Jacques Tardi en quatre tomes adaptée du roman de Jean Vautrin.
Bibliographie
- Histoire de la Commune, de Lissagaray (Éd. Dunois, 1947)
- La Commune. Georges Bourgin, (PUF, Que sais-je ? n°581)
- Souvenirs d'un insurgé. La Commune 1871 Paul Martine (Librairie académique Perrin, 1971)
- Le cri du Peuple (4 tomes) BD de Jacques Tardi et Jean Vautrin (Casterman, 2001-2004)
- La Commune de William Shermann (ed. Fayard) - une histoire non marxisante de la Commune.
- La Junon de la Commune de Alain Dalotel (ed. Association des Publications Chauvinoises) - La biographie d'André Léo.
18:55 Publié dans Synthèse de la Commune | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique
08.10.2005
Louis Nathaniel Rossel et sa pensée
Louis Nathaniel Rossel était un patriote républicain de part son éducation militaire et protestante, sa culture, sa famille, son histoire.
Il n'était pas un Communard comme un autre.
Il avait rejoint la Commune le 20 mars, parce qu'il refusait la capitulation de la France face à la Prusse.
En effet, Louis Nathaniel considérait cette défaite comme choisie par des Maréchaux et politiques "traitres", dans le but de restaurer une monarchie ou une république élitiste et un ordre moral conservateur.
S'y opposant et partisan de la lutte à outrance, il préféra se rallier à la cause de la Commune, et au peuple résistant.
Son attachement à ses racines cévenoles huguenotes et à ses ancêtres Camisards n'y est peut-être pas très étranger.
Son profil, son histoire, sa culture, son éducation et ses prétentions faisaient de lui un homme combatif mais raisonnable, réformiste plus que radical.
Il s'opposait frontalement à l'anarchisme et c'est pourquoi il a pu déclaré :
"Je cherchais des Patriotes, j'ai trouvé des gens qui auraient livré les forts de Paris aux Prussiens plutôt que de se soumettre à une autorité."
Cette phrase est à replacer dans le contexte : Louis Nathaniel était tout à fait dépité de constater le manque de combativité de certains communards, et ce, simplement parce qu'ils refusaient toute organisation et autorité.
Or, les troupes versaillaises étaient, au contraire, parfaitement entraînées et organisées.
Cette phrase est donc la marque d'un écoeurement et d'une peur de voir la Commune défaite, et non celle d'un rejet de celle-ci.
Nicolas Cadène
20:35 Publié dans Sa pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
07.10.2005
Le contexte historique de la Commune de Paris
CASCADE d'événements en quelques mois :
Le 19 juillet 1870, la France de Napoléon III déclarait la guerre à la Prusse du chancelier Bismarck. Le 2 septembre après la défaite de Sedan, Napoléon III était fait prisonnier avec son armée et s'en allait en captivité à Kassel. L'Empire balayé, un gouvernement dit de défense nationale prenait le relais mais hormis Gambetta parti organiser des armées de secours à Tours, tous ses membres ne pensaient qu'à faire la paix à tout prix.
Paris assiégé résiste malgré les militaires qui commandent sa garnison.
- Le 28 janvier 1871, l'armistice humiliant est signé.
- Le 8 février, l'Assemblée nationale qui va ratifier le traité de paix consacrant l'abandon de l'Alsace-Lorraine est élue.
- Le 17 février, Thiers est désigné comme chef du pouvoir exécutif.
- Le 26, les préliminaires de paix sont signés à Versailles et approuvés par l'Assemblée à Bordeaux le 1er mars.
- Dix jours plus tard, l'Assemblée décide de quitter Bordeaux non pour Paris mais pour Versailles : les députés ont peur du peuple de Paris.
A Paris, la colère monte : les Parisiens ont énormément souffert pendant le siège. De surcroît, ils ont eu conscience d'être commandés par des incapables ou des traîtres ou les deux.
Ils ont dû subir l'humiliation de voir les soldats prussiens bivouaquer sur les Champs-Elysées.
Ce jour-là, le drapeau noir a flotté sur la ville.
Je tiens à remercier Edouard Boeglin pour son article paru dans "L'Alsace/Le pays".
00:45 Publié dans Le contexte historique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Paris
"Depuis Descartes, nous sommes libres"
I
Rassemblés au sein des unités de la Garde nationale, les Parisiens ont constitué une Fédération dès le 15 février 1871 ; celle-ci a élu un comité central le 15 mars.
Or, deux jours plus tard, Thiers qui a réuni son gouvernement à Paris, a décidé d'enlever les canons qui se trouvent à Montmartre. L'opération, mal menée, échoue le lendemain et Thiers fuit en direction de Versailles en donnant l'ordre au gouvernement d'en faire de même. L'insurrection gagne du terrain à Paris comme dans plusieurs villes de province.
Le 26 mars, élections à la Commune de Paris solennellement proclamée à l'hôtel de Ville le 28.
Le 29, la Commune tient sa première séance et commence par prendre une mesure indispensable : la remise des trois derniers termes de loyer.
Le 2 avril, trois événements d'importance diverse :
- la prise de Courbevoie par les Versaillais d'Adolphe Thiers ;
Il vient de loin Rossel !
Né à Saint-Brieuc en 1844 d'un père militaire et cévenol et d'une mère écossaise, il a de qui tenir : il y a eu beaucoup de militaires parmi ses ancêtres maternels et son père en 1851 a voté non publiquement après le coup d'Etat de Louis-Napoléon, futur Napoléon III.
Ses études ont été brillantes tant au Prytanée de la Flèche qu'à l'Ecole Polytechnique dont il est sorti deuxième de sa promotion.
Ce jeune Protestant lit les rationalistes du XVIIe siècle et, parlant de Descartes, dit : « Depuis lui, nous sommes libres ».
Il considère que les historiens occultent « Le rôle du peuple dans la société, qui a toujours été fort important », peuple qu'il apprécie en ces termes : «(c'est) la réunion de tous les hommes obscurs... dont la volonté l'a si souvent emporté sur celle du roi et des grands ».
Rossel est un jeune homme pressé. Lui-même écrit à sa soeur : « Je suis pressé d'arriver. Car ce n'est pas la peine d'arriver tard. Et je guette, les occasions ». La guerre éclate : en voilà une bonne occasion ! Mais il lui faut littéralement intriguer pour se faire envoyer à Metz début août ; à Metz ou Bazaine incapable et traître notoire ne fait évidemment rien. « Rossel est indigné par l'attentisme, l'immobilisme du maréchal, qui confine à la trahison. Il prend des contacts clandestins avec d'autres officiers pour organiser la résistance aux Prussiens. Mais l'affaire tourne court » (Frédéric Pottecher dixit). Au passage, il a soumis un mémoire à Bazaine en personne pour lui indiquer les mesures à prendre pour pouvoir l'emporter sur les Prussiens : changer les généraux et faire preuve « d'énergie, d'une volonté inébranlable et de quelque prudence ».
00:45 Publié dans L'avénement de Rossel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
"Les préfets, tous avocats ; les généraux, tous empaillés"
II
Louis Rossel rentre à Tours, rencontre Gambetta, lui raconte ce qu'il a vu. L'animateur de la Défense nationale le nomme colonel et lui donne un commandement dans le Génie à Nevers.
Rossel porte sur lui un jugement sévère : « C'est un drapeau plutôt qu'un chef, un drapeau dont le gouvernement se servait pour avoir l'air républicain et viril(...) Gambetta (est) une sorte de Louis XIII qui n'avait pas de Richelieu ; il faisait et défaisait les préfets pendant qu'on jouait la fortune de la France sur des cartes biseautées ».
Lui qui ambitionnait vraisemblablement d'être... Richelieu, fait bien à Nevers le travail qu'on lui demande, décide néanmoins qu'après la guerre, il ne sera plus « ni soldat, ni capitaine, ni colonel » et suit avec attention les événements de Paris et les menées de Thiers qui ne peuvent, selon lui, que se terminer par la capitulation de la capitale : « Si Paris tombe, il va y avoir un de ces jolis moments de lâcheté générale dont le spectacle commence à nous devenir familier (...). Paris une fois tombé, le gouvernement (...) qui a déjà négocié trois ou quatre armistices, sera peut-être disposé à en négocier un sérieux, un de ces armistices mortels pour les vaincus, qui suivent les grands désastres ».
Sans surprise, il apprend la signature et la ratification des préliminaires de paix.
Le 18 mars, Paris se soulève : c'est l'épisode des canons de Montmartre. Dès le lendemain, Rossel adresse une lettre de démission au ministre de la Guerre Le Flô :
« J'ai l'honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à la disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées. Instruit par une dépêche de Versailles, rendue publique aujourd'hui, qu'il y a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n'a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs des généraux coupables de capitulations ».
Le clan militaire ne lui pardonnera pas cette « trahison ».
Rossel, pour autant, est-il devenu un révolutionnaire, lui qui n'a lu ni Proudhon, ni Marx ? Certes non mais ce jeune militaire de carrière tient le raisonnement suivant : « Cette révolution est faite par ceux qui souffrent de l'ordre social actuel ; les erreurs ou les crimes dont la Révolution (peut) être entachée ne (doivent) pas empêcher les gens honnêtes et instruits de se joindre à leur parti dans cette circonstance critique ».
Le 20 mars, Rossel est à Paris.
Le 22, il offre ses services à la Garde nationale dans le XVIIe arrondissement et est nommé par le comité central de la dite Garde, chef de la 17e légion.
En dix jours, par une action énergique et persévérante, il porte ses effectifs de sept à dix-sept bataillons auxquels il ajoute quelques détachements d'infanterie de ligne.
Le 1er avril, il participe aux combats de la matinée et, constatant l'incapacité d'un certain nombre d'officiers, il décide de les démettre de leur commandement.
Or les officiers de la Commune sont... élus par leurs soldats ! Et c'est Rossel qui, le lendemain matin, se retrouve en prison. Etant considéré comme un véritable atout, il en sort avec une rapidité qui en dit long sur certains aspects un peu irréels de la Commune. Il suffit d'une intervention de quelques Communards éminents (Benoît Malon et Delescluze notamment) pour qu'il passe directement de sa cellule au poste d'adjoint au délégué à la Guerre (Cluseret) autrement dit chef d'état-major général.
Le 17 mars, il est nommé Président de la Cour martiale.
Cluseret qui a une réelle expérience militaire -il a combattu avec Garibaldi en Italie, avec les Nordistes pendant la guerre de Sécession- l'a désigné parce qu'il sait avec quelle efficacité Rossel a lutté contre l'indiscipline, l'ivrognerie et l'insoumission de nombre d'officiers.
00:45 Publié dans L'avénement de Rossel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
"Il fallait un exemple pour les soldats romanesques"
III
Nomination en tant que Président de la Cour Martiale :
Rossel accepte non sans réticence : « L'acceptation des fonctions de cette cour est le plus grand sacrifice que j'ai fait à la cause de cette révolution(...). Dans des moments de crise semblable, il faut avoir le dévouement d'un sectaire ; j'acceptai donc la présidence d'un tribunal qui, à mon sens, ne devait rendre que des arrêts de mort, et je me préoccupai seulement de remplir ces fonctions de la manière la plus efficace pour la Révolution ».
Son « sens » n'est pas celui de la Commune qui casse à deux reprises ses condamnations à la peine capitale, alors même que Rossel ne comptait pas les mettre à exécution. Le 26 avril Rossel fait parvenir à Cluseret sa double démission : en tant que chef d'Etat-major général et en tant que président de la cour martiale.
Le 29, il est convoqué par la Commission exécutive de la Commune. Celle-ci, considérant Rossel comme un excellent stratège, l'investi du commandement suprême c'est-à-dire Ministre délégué à la Guerre. Comment cela s'est-il passé ? Autre acteur célèbre de la Commune, Lissagaray (qui ne l'aimait pas), écrit : « On l'envoya chercher. Il accourut, raconta l'histoire des sièges célèbres, promit de rendre Paris imprenable, les charma quand ils croyaient le chambrer. Personne ne lui demanda de plan défini et, séance tenante, on lui signa sa nomination. Il écrivit à la Commune : "J'accepte ces difficiles fonctions, mais j'ai besoin de votre concours le plus entier pour ne pas succomber sous le poids des circonstances"». Les fonctions seront effectivement « très difficiles » mais il ne bénéficiera évidemment pas du « concours le plus entier » et il « succombera sous le poids des circonstances » au terme d'une décade mouvementée, marquée par la prise du fort d'Issy par les Versaillais qui donnèrent quelque avant-goût de ce que serait leur entrée dans Paris. Le 9 mai, Rossel démissionne et adresse un véritable réquisitoire à la Commune et à ses instances en principe dirigeantes. Celles-ci décident de l'incarcérer à Mazas. Mais le désormais ancien délégué à la Guerre prend la fuite et se réfugie au No 54 du boulevard Saint-Germain, hôtel de Montebello, sous une fausse identité. De sa chambre, il assiste à la Semaine sanglante fin mai, rédige un journal qui sera publié bien plus tard (1908). Les Versaillais l'arrêtent, le font passer en jugement le 8 septembre. Mais il faudra la tenue de trois conseils de guerre pour arriver à le condamner définitivement à mort. Le 28 novembre 1871, il est fusillé au camp militaire de Satory après avoir été dégradé. A aucun moment, il n'aura perdu son impassibilité, une sorte d'indifférence à son propre sort : « J'ai toujours vécu un peu en rêve (...). Quant aux craintes et aux espérances, elles ont peu d'accès chez moi »,. Lissagaray commenta : « Il fallait un exemple pour les soldats romanesques et Rossel fut condamné à mort ». Elémentaire.
00:45 Publié dans L'avénement de Rossel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
Sélection de films
- Le Destin de Rossel, Réal. Jean Prat, 1966, 1 H 25. Avec Samy Frey. Excellent film avec une prestation remarquable de Samy Frey
- Louis Rossel et la Commune de Paris, Réal. Serge Moatti, 1977, couleur, 1 H 43. Avec André Dussolier et J-P. Chevènement. Film assez décevant, avec une conclusion de Chevènement totalement subjective.
00:10 Publié dans Filmographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
Sélection de livres sur Rossel
- Mémoires et correspondance, Louis Rossel, Préface de Victor Margueritte. (Stock, 1908)
- La défense de Metz et la lutte à outrance, Louis Nathaniel Rossel, Paris, Le Chevalier, 1871. 61p.
- La capitulation de Metz, Colonel Louis Rossel, Editions De Broise, 1871, 15 p.
- Derniers jours, Louis Rossel, 1871.
- Papiers posthumes, Louis Nathaniel Rossel, recueillis et annotés par Jules Amigues. Paris, Lachaud, 1871. 381p. DC 342.8.R6 A4
- Mémoires, procès et correspondance, Louis Nathaniel Rossel, présentés par Roger Stéphane. [Paris], Pauvert, 1960. 528p.
- Le colonel Rossel: sa vie et ses travaux - son rôle pendant la guerre et la Commune - son procès, Edouard Gerspach, Etudes sur la Commune. Paris, Dentu, 1873. 230p.
- Louis Rossel délégué à la guerre de la Commune (suite et fin), Anonyme, paru dans Germinal, et Brousse, Paul, paru dans Le Peuple.
- Les Hommes de la Commune. Rossel, Etienne Marcel.
- Une figure, Victor Margueritte, parue dans La dépêche de Toulouse, 26 février 1908.
- Un de la Commune : Rossel, Léon Daudet, paru dans L'Action française.
- La mort de Louis Rossel, Jules Mazeau.
- Un geste héroïque, Albert Delpil, paru dans Le Gaulois du dimanche.
- Louis Rossel, communard et apôtre, Romain Roussel, paru dans Le Quotidien, 1936.
- 3e Conseil de guerre de Versailles. Affaire Rossel. Rapport. Interrogatoire. Audition des témoins. Réquisitoire. Paul Bizet, Plaidoirie complète de Me Albert Joly. Recueillis et mis en ordre par Paul Bizet. Paris, Sagnier, 1871. 52p.
- 1871: la Commune et la question militaire (Cluseret-Rossel) ; textes choisis et présentés par Patrick Kessel. (Paris), Union Générale d'Editions, 1971. 380p.
- Abrégé de l'art de la guerre, extraits des (œuvres de Napoléon, Jomini, l'Archiduc Charles), annotés par L.N. Rossel, Paris, Lachaud, 1871. xix, 270p.
- Louis Rossel à Metz (1864-1870), T. Tribout de Morembert [In Europe. Revue mensuelle. Nos. 504-505 (1971), p. 80-931.
- Rossel, 1844-1871, Edith Thomas, Paris, Gallimard, 1967. 495p.
- Un officier et la Commune (L.N. Rossel), Albert Cervoni, [In Cahiers du communisme (mars 1971), p. 102-1091.
- Le Colonel Rossel. Metz 1870-Paris 1871, Charles Proles, Paris, Chamuel, 1898. 146p. DC 280.5.R65 Pro [Second copy bound with Marx, K. The Commune of Paris and other items in volume lettered Kommune 1871: 1, shelved in alphabetical sequence].
- Un patriote: Rossel, 9 septembre 1844-28 novembre 1871, Elie Peyron, Conférence faite à la Maison du Peuple de Nimes le 31 mars 1900. Nimes, Maison du Peuple, 1900. 65p.
- Louis Rossel (1844-1871) Pensée et action d'un officier insurgé, Hubert Saint-Julien (Presses continentales, coll. Les documents français, 1962)
- Le roman de Rossel, Christian Liger (Robert Laffont,1998) ISBN 2-221-08743-7
- La Commune et l'officier : Louis-Nathaniel Rossel, Gilbert Maurey (Éditions Christian - 2004)


00:05 Publié dans Bibliographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
