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30.10.2005

Histoire complète de Rossel

Louis-Nathaniel ROSSEL (09 septembre 1844 à Saint-Brieuc, où son père était en garnison - 28 septembre 1871 à Versailles, fusillé au camp de Satory) était fils d'un chef de bataillon en retraite, Louis ROSSEL (Gardois cévenol, issu d'une famille profondément protestante et républicaine - lui-même a refusé de prêter serment à Napoléon III-, descendant de Camisards), et d'une mère britannique (écossaise), née Sarah CAMPBELL, qui l'avaient élevé dans la religion protestante réformée.

Louis-Nathaniel ROSSEL fit de brillantes études au lycée de Nîmes, au Prythané Militaire de la Flêche et fut admis à l'Ecole Polytechnique et entra deux ans plus tard à l'école d'application de Metz d'où il sortit le second avec le grade de lieutenant.

Dôté d'une remarquable intelligence, joignant à une grande ardeur au travail une austérité toute puritaine, le jeune officier ne tarda pas à se faire remarquer.

Il reçu du Ministre de la Guerre une médaille de 500 francs à la suite d'un concours qui avait été proposé à certains officiers, puis il fit paraître sous le nom de Randal, des articles militaires dans le journal le Temps.

Lorsque paraît en 1869 le dernier volume de la correspondance de Napoléon Ier, Louis-Nathaniel ROSSEL écrivit dans cette feuille deux articles très curieux dans lesquels il démontrait que les livres de stratégie attribués à Napoléon Ier par la commission chargée de publier la correspondance, n'étaient pas et ne pouvaient pasêtre de lui. La commission frappée de la compétence et de l'esprit de ces judicieuses critiques qu'attestaient ces articles, envoya un de ses membres au journal le Temps et dût reconnaître que ROSSEL avait dit vrai.

Cette même année, il fut promu Capitaine et quitta Nîmes (d'où lui et sa famille sont originaires) et Montpellier (où il se trouve en garnison) pour aller en garnison à Bourges.

Lorsqu'il apprit que la guerre venait d'être déclarée à la Prusse (juillet 1870), ROSSEL accourut à Paris pour obtenir du service actif, mais ses démarches resteront infructueuses.

A la nouvelle des premiers désastres, ROSSEL conçut un plan de défense dont il adressa l'exposé au Temps. D'après lui, il fallait appeler tout le pays aux armes, et organiser cette immense levée en petites bandes qui auraient agi séparément, les corps d'armées réguliers ne devant faire que soutenir l'action toujours engagée par les partisans (ROSSEL s'inspira pour cette démarche de la "guerre des Camisards" dans les Cévennes, à laquelle ses ancêtres avaient participé).

Quelques jours après, il fut appelé Metz avant que cette ville fut investie.

Caractère entier, résolu et indomptable, remplit d'une patriotique ardeur, ne put voir sans un profond courroux, la façon dont BAZAINE conduisait les opérations militaires. Apprenant que le maréchal était sans nouvelle de Paris, il tenta, mais sans succès, l'autorisation de tenter de traverser les lignes ennemies pour aller chercher des nouvelles de l'extérieur et en porter de Metz au gouvernement. Bientôt il ne lui fut plus possible de douter que, soit par l'ineptie, soit par la trahison de son chef, l'armée de Metz marchait à sa perte et que la France allait subir le plus grand de ses désastres.

De concert avec un certains nombre d'officiers, il forma alors le projet de faire arrêter et traduire devant un conseil de guerre le maréchal BAZAINE, de le remplacer par un autre général et de tenter un suprême effort pour dégager l'armée du cercle où elle se trouvait enfermée. Mais le complot fut éventé et sur l'ordre de BAZAINE, ROSSEL fut arrêté, enfermé dans le fort de Plappeville, avec le capitaine de Boyenval.

Au moment de la capitulation, un commandant d'état major le laissa volontairement s'échapper. Déguisé en paysan, il parvint à traverser les lignes allemandes, il gagna la Belgique où le premier, dans l'indépendance belge, il protesta contre l'indigence conduite du maréchal, fit un court voyage à Londres où se trouvait sa mère, puis rentra en France et se rendit à Tours, pour se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense.

Le ministre de la guerre, M. GAMBETTA, que ROSSEL pu rencontrer grâce à un ami polytechnicien correligionnaire, le chargea alors d'aller dans le nord de la France pour s'assurer de l'état des forces militaires et des moyens de défense dans le pays pouvait disposer.

A son retour, dans les premiers jours de décembre, il fut nommé colonel auxiliaire et directeur du génie au camps de Nevers.

ROSSEL remplissait encore toutes ses fonctions, qu'il jugeait à juste titre quasi-inutiles, lorsqu'il reçut la nouvelle de l'insurrection qui venait d'éclater à Paris (18 mars 1871). Dès le lendemain, il écrivait au ministre de la guerre : "j'ai l'honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées. Instruit par une dépêche de Versailles rendue publique aujourd'hui, qu'il y a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n'a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs de généraux coupables de capitulation."

La conclusion de la paix avait causé à ROSSEL, ardeur patriote, la plus vive douleur ; il l'avait manifesté à diverses reprises et partait pour Paris dans l'espoir que le mouvement tournerait au gré de ses espérances.

A peine arrivé, il se mit en relation avec les membres du comité du XVIIème arrondissement, fut présenté au comité central siégeant à l'Hôtel de Ville et reçut le commandement de la légion du XVIIème arrondissement.

La discipline toute militaire qu'il voulut établir dans cette légion (nécessaire pour faire face aux "Versaillais") excita le mécontentement et il fut arrêté le 02 avril. Mais après l'insuccès de la sortie du 02 et 03 avril, on le relacha et sur recommandation du membre de la Commune, Charles GERARDIN, le général CLUSERET le choisit comme chef d'état major.

Après l'institution par la Commune d'une Cour martiale chargée de juger les citoyens qui refusaient de marcher contre l'armée de Versailles (16 avril), ROSSEL fut appelé à présider cette cour et s'y fit remarquer par sa sévérité (qu'il jugeait nécessaire à la résistance de Paris).

Dans la nuit du 29 au 30 avril, MEGY ayant évacué le fort d'Issy, à la suite d'une attaque des troupes du général FARON, la Commune destitue le général CLUSERET, qu'elle regardait comme incapable et désigna pour le remplacer au ministère de la guerre le colonel ROSSEL (30 avril), qui fut chargé de l'iitiative et de la direction des opérations militaires pendant que le Comité central de la garde nationale devait s'occuper des différents services de l'administration de la guerre.

ROSSEL donna à la résistance contre l'armée de Versailles une énergique impulsion. Il fit consigner MEGY, envoya EUDES réoccuper le fort d'Issy, et répondit au colonel LEPERCHE qui, le 30 avril, avait sommé au commandant du fort de se rendre dans un délai d'un quart d'heure : "la prochaine fois que vous vous permettrez de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'aujourd'hui, je ferai fusillé votre parlementaire conformément aux usages de la guerre".

Le nouveau délégué s'attacha surtout à établir dans les légions communalistes une sévère discipline ; il interdit formellement, le 02 mai, à "tout commandant militaire, officier ou autre fonctionnaire au service de la Commune d'avoir aucune communication avec l'ennemi". Il défendit le 09 mai sous peine de mort de continuer le feu après que l'ordre de le cesser avait été donné et de continuer de se porter en avant lorsqu'il avait été prescrit de s'arréter ; il fit de suprêmes efforts pour organiser l'artillerie, concentrer des armes, réquisitionner des chevaux, mettre de l'unité dans le commandement, arriver à une forte organisation des troupes dont il dirigeait les opérations.

Mais ROSSEL se trouva bientôt en butte à l'hostilité du Comité central, qui l'accusa d'aspirer à la dictature et demanda sa destitution. Voyant, selon ses expressions, "la nullité du comité d'artillerie empêcher l'organisation de l'artillerie, les incertitudes du Comité central arrêter l'administration, les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysaient la mobilisation des troupes", il comprit que sa situation n'était plus tenable.

Après la prise du Moulin Saquet et celle du fort d'Issy par l'armée de Versailles (08 mai), ROSSEL qui avait veinement essayé d'organiser 12 000 hommes pour débloquer le fort, se sentit pris d'une colère violente et écrivit cette dépêche qu'il fit aussitôt afficher : "le drapeau tricolore flotte sur le fort d'Issy". Le journal officiel de la Commune essaya de démentir cette nouvelle ; mais la population apprit bientôt que ROSSEL avait dit vrai.

Alors, des bruits de trahison ayant été propagés contre lui, il envoya sa démission à la Commune, dans une lettre où il exposait la situation et les entraves de tout genre qu'il rencontrait dans l'accomplissement de ses fonctions. "Mon prédécesseur, disait-il en terminant, a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde. Eclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action ou me retirer. Je ne briserai pas l'obstacle car l'obstacle c'est vous et votre faiblesse ; je ne veux pas attenter à la souveraineté publique. Je me retire et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazan."

Le jour même, ROSSEL était arrêté par ordre du Comité de Salut Public et enfermé à la questure sous la garde du membre de la Commune, GERARDIN. Quelques heures après, ROSSEL et ses gardes disparaissaient ; des mandats d'amener étaient lancés inutilement contre eux, et le 15 mai, un projet d'acte d'accusation dénonçait ROSSEL comme un traitre ayant voulu, à prix d'or livrer Paris à Versailles.

ROSSEL resta caché jusqu'au 07 juin suivant. Il fut alors arrêté par la police dans un hôtel du boulevard Saint-Germain, où il s'était fait inscrire sous un faux nom en prenant la qualité de contre-maître des chemins de fer de l'Est.

Conduit à Versailles et traduit devant le 3ème Conseil de guerre, il fut condamné à mort (le 08 septembre). Cette sentence ayant été annulé pour vice de forme, il comparut le 07 octobre devant un nouveau Conseil de guerre, qui le condamna à la même peine, et le nouveau pourvoi en cassation qu'il introduisit sur les insistences de son avocatfut rejeté le 27 octobre suivant.

Pendant ce procès inéquitable, les témoignages de soutient et de sympathie n'avaient pas manqués à l'égard de ce jeune officier, dont tous reconnaissaient la haute intelligence et l'ardent patriotisme. Des pétitions de Metz, Nîmes, Montauban, Paris, les appels du colonel Denfert-Rochereau -héro de la guerre-, de Victor Hugo, de tous les notables protestants, la rencontre du père de Louis-Nathaniel avec Adolphe THIERS (qui voulait faire un exemple), n'ont pas suffit à changer la sentence et à obtenir sa grâce auprès de la commission des grâces qui a pourtant longtemps hésité.

Le 28 novembre 1871, à huit heures du matin, ROSSEL, jeune officier de 27 ans, conduit sur le plateau de Satory avec l'ancien délégué à la sûreté générale FERRE et un ancien serget BOURGEOIS, condamnés à la même peine, tombait foudroyé par les balles d'un peloton d'exécution choisi parmis ses anciens camarades...

Commentaires

Très belle histoire !

Ecrit par : steph | 26.11.2005

Bravo, ton blog est formidable c'est rare de trouver un blog aussi objectif et bien informé d'une part sur la Commune, d'autres part sur un personnage aussi noble que Rossel (même si j'avoue avoir, quant à moi, une préférence pour Protot dont je connais un proche descendant).

Je t'invites à visiter notre site, par contre je te préviens c'est un site politique, tu t'amuseras à constater la signature "Rossel" de l'auteur des articles de la page principale et nos analyses sur le socialisme français (qui n'a rien à voir avec le socialisme marxiste dit "allemand").

http://www.unf-francesocial.com/

Cordialement et merci pour ton blog

Ecrit par : St Jean de Kali | 17.07.2007

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